ceux qui résistent

C’est une phrase que Mélenchon aime bien utiliser dans ses discours, pour rappeler qu’il y a une catégorie de gens qui toujours se lève pour refuser, quand ils pensent qu’il y a une injustice, et que ce sont souvent les mêmes gens peu importent les circonstances.

Nous vivons ces jours-ci le n-ième épisode Médias contre Front de gauche, mais ils finissent souvent pareil : quand Mélenchon, ou d’autres membres du front de gauche comme Delapierre aujourd’hui, directeur de campagne, critiquent le traitement médiatique, on voit tout à coup un déluge d’articles pour dénoncer une « attaque » contre la presse. La palme, quoi que très disputée, pourrait bien revenir à Barbier pour cette déclaration toute en finesse : « Mais la dérive logomachique du mélenchonisme en ébullition, mélange de dogmatisme, d’agressivité et de raccourcis, est éloquente: elle nous indique ce que serait la liberté d’expression sous un régime mû par une telle idéologie » [1].

Cette déclaration, qui n’est à l’évidence ni agressive ni un raccourci, (et encore, pour épargner les cardiaques j’ai retiré le passage sur la Corée du Nord qui suivait..) reprend l’idée que la plupart des autres éditos sur la question développent : le front de gauche aimerait bien contrôler la presse, avec une petite musique Stalinienne en fond, s’il vous plait. Le problème, c’est que les mots ne sont pas si creux que M. Barbier l’entend : qu’ils nous donnent, lui et les autres qui écrivent ces choses là, un seul exemple, un seul !, dans lequel Mélenchon ou le Front de Gauche remet en cause quoi que ce soit sur la liberté de la presse. Non seulement ils ne pourront pas, et pour cause, mais c’est même le seul parti à proposer clairement une réforme pour renforcer le rôle et l’indépendance de la presse ! De cela, ces journalistes là ne se font jamais l’écho, étrangement.

Je ne sais pas si, au fond, comme d’aucuns le disent, c’est une réaction corporatiste. Mais en tout cas, c’est une réaction d’orgueil mal placé : ces journalistes là, et je précise parce que je ne pense nullement qu’ils sont représentatifs du corps, justement, devraient être les premiers à comprendre que c’est ce même droit d’expression qui permet de critiquer leur travail, quand on n’est pas d’accord. Et que la critique, toujours quand elle est argumentée, est saine. La méthode de Barbier à cet égard est pour le moins lamentable : prendre le bon mot « annexe hebdomadaire de minute » pour réduire à ça 10 minutes de conférence de presse argumentée sur les exemples tirés de la presse elle-même. Mais la méthode est systématique chez les gens qui ne supportent pas la critique : on rebondit sur une phrase, une expression, un mot même, pour capter l’attention et ne jamais répondre sur le fond.

Vous n’êtes nullement, messieurs, des vaches sacrées. Votre travail n’est pas toujours exemplaire et lumineux, comme vous semblez signifier en refusant toute critique. Et ce n’est pas être anti-médiatique que de dire, à un journaliste qui pose une question idiote, qu’il fait mal son travail; que de relever le sous-entendu idéologique dans le traitement d’une information; que de pointer un journal du doigt en disant qu’il se comporte comme un organe de propagande d’un parti quand il enchaîne les prises de positions très peu mesurées.

La liberté d’expression, pour finir, mérite mieux que le petit usage mesquin de protection des médias à laquelle vous voulez la restreindre. Et comme chaque fois qu’elle fut attaquée, chaque fois qu’elle le sera, ce sera encore nous, y compris pour vous défendre vous-même, qui nous lèverons les premiers.

Parce que nous sommes de ceux qui résistent, souffrez donc que ça soit parfois contre vous.

[1] réponse au mélenchonisme en ébullition. 04/12/12